CPE, caricature de la France
S’il ne s’agissait pas de l’avenir de la jeunesse, la gignolade à laquelle nous assistons sur cette histoire de CPE pourrait prêter à rire. Elle est en tout cas symptomatique de tous les blocages de la société française et de son absence totale de maturité démocratique. Ici Paris, les cons parlent aux cons (ou plutôt refusent de leur parler).
Les cons de gauche se jettent à cœur perdu dans une de ces batailles idéologiques qu’ils affectionnent, bercés qu’ils sont par une mythologie révolutionnaire d’arrière-garde. Tout le monde sait très bien que la précarité, c’est la situation d’aujourd’hui. Comment obtenir un bail ou un prêt bancaire avec un CPE ? nous dit-on. C’est en effet sûrement plus facile avec un intérim, un CDD ou le chômage. Quant au CDI, il faut être fonctionnaire ou n’avoir jamais travaillé pour penser que c’est une garantie quelconque. Mais les cortèges de grévistes ne sont justement constitués que de cela : des fonctionnaires et des étudiants n’ayant jamais mis les pieds dans le monde du travail. Grands absents : ceux à qui le CPE était destiné, c'est-à-dire les jeunes sans qualification, notamment dans les banlieues, dont le PS, le PC, la CGT, l’UNEF et la LCR n’ont absolument rien à cirer.
Les cons de droite s’étonnent de cette révolte après avoir fait à peu près tout ce qu’il faut pour se mettre tout le monde à dos. C’est la méthode d’énarque, de gauche comme de droite, qui nous fait tant de mal depuis si longtemps : un crâne d’œuf imagine une mesure dans son cabinet ministériel sans demander leur avis aux personnes concernées et on applique bêtement, refusant toute critique ou ajustement. Villepin, pur haut fonctionnaire qui n’a jamais été élu, n’a non plus jamais travaillé en entreprise, pas plus que les manifestants. Mais ce n’est pas grave, il a la science infuse. Et en plus, il fait passer son texte en force à l’Assemblée Nationale. Du grand art.
Finalement, les dindons de la farce sont ceux qui, en fait, sont les premiers concernés : les jeunes sans qualification victimes du chômage et les entreprises qui auraient été susceptibles de les embaucher. Personne, ni d’un côté, ni de l’autre, n’a rien à foutre de leur avis. Trop occupés à des querelles idéologiques.
Décidément, la France est vraiment incapable de dialogue social adulte fait d’écoute et de sens du compromis. Et c’est comme dans les sables mouvants : plus elle gesticule, plus elle s’enlise…
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