Alors ça y est, la France a perdu son AAA. Tintamarre de commentaires,
brouhaha d’indignation, rodomontades scandalisées contres ces salauds des agences de notation qui osent avoir une opinion peu flatteuse de nos finances publiques. Mélenchon va manifester devant
le siège parisien de Standards & Poor’s contre la « dictature des marchés » et le « diktat des agences de notations » qui mettent la démocratie en danger. « On s’en fout de cette perte du
triple A, nous n’avons pas à être notés », a-t-il déclaré.
Stupeur et tremblements : on constate ahuri que quand quelqu’un dépense plus qu’il ne gagne, il finit par avoir des problèmes avec sa banque qui,
passé un certain cap, n’est plus très chaude pour lui prêter de l’argent. J’entendais encore hier au « Téléphone Sonne » sur France Inter de nombreux auditeurs et intervenants s’indigner que la
politique de la France fût dictée par des agences de notations, dénoncer le côté inhumain de ce système financier qui mouline ses chiffres au mépris des valeurs humaine. Cette crise ne
serait-elle pas l’occasion de remettre en cause tout le système pour reconstruire une société nouvelle fondée sur plus de partage et de solidarité ?
Aux utopistes des lendemains qui chantent, aux chantres du Grand Soir, aux idéologues de l’anticapitalisme, je dis « chiche ! »
Mais au lieu de nous lamenter et de nous révolter contre ce système injuste et inhumain, agissons ! Mobilisons-nous tous comme au bon vieux temps des grandes luttes
et montrons l’exemple ! Je suggère par exemple que le Front de Gauche lance une grande souscription populaire et invite tous les français à retirer leur épargne confiée à ces salauds de banquier
pourris et assoiffés de sang pour l’investir dans un grand fonds citoyen et solidaire destiné à aider nos frères grecs à se redresser. Les sommes ainsi collectées (rappelons que les Français
détenaient tout de même 11.000 Milliards d’Euros d’épargne en 2010) seraient prêtées à très bas taux – par exemple 2% – car il s’agit bien de sortir de la logique d’usurier et de profit maximum
propre au capitalisme. Ainsi, chaque Français pourrait agir concrètement, à son niveau pour un monde meilleur et fraternel. On pourrait imaginer la même chose pour renflouer l’Etat français et
surtout la Sécurité Sociale et son déficit abyssal. Voilà une grande cause nationale exaltante ! Voilà du concret, de l’action, du « tous ensemble » ! Prouvons aux marchés financiers que nous
n’avons pas besoin d’eux !
Je soutiendrais cette idée à fond.
Moralement.
Par contre,… personnellement,… malgré la noblesse de cette initiative, je ne suis pas sûr que j’irais placer mes éconocroques dans un tel fonds de soutien grec.
Voyez-vous, c’est quand même de l’argent durement gagné et sur lequel je compte en cas de coup dur… Et avec la Grèce, je ne suis pas vraiment sûr de revoir ma mise… Sans compter que 2%, ce n’est
pas cher payé pour le risque encouru… A ce compte-là, autant laisser mes sous sur un livret A.
Quelque chose me dit que nombre de bons pères de famille pourtant si remontés contre la « dictature des marchés » hésiteraient comme moi. Je me demande même si
Jean-Luc Mélenchon le ferait. Il ne faut pas leur en vouloir, personne n’a envie de jouer ses économies à la roulette russe. Pour prêter de l’argent, il faut quand même avoir un minimum de
confiance, c’est humain.
Oui, c’est humain. Très bêtement, banalement humain. Rien de plus humain, finalement, que ces « marchés financiers », ces agences de notations avec
leurs peurs, leurs incertitudes, leurs erreurs de jugement, qui veulent tout simplement avoir confiance en l’emprunteur avant de prêter de l’argent.
Prêteriez-vous 1.000 € au SDF du coin de la rue ?
Nous sommes tous, chacun à notre niveau, une agence de notation.
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